J e c r o i s q u e l e s F é e s e x i s t e n t
S oupirs
Chapitre second.
Ma tête tournait. J'avais l'impression qu'un troupeau de bêtes sauvages m'était passé sur le corps. Où étais-je, au fait ? Mes souvenirs me revinrent en bloc, me laissant perplexe devant ma stupidité. Comment la forêt avait-elle fait pour m'attirer de la sorte ? Je balayais la question lorsque quelque chose me laissa sans voix. L'endroit où je me trouvais n'avait rien de frais et était relativement rassurant. La température était parfaite, mais l'odeur désagréable, trop vive d'un propre impeccable qui chatouillait les narines, faisant froncer le nez. Me décidant à enfin ouvrir les yeux, la clareté me fit les refermer aussitôt. Tout était d'une blancheur immaculée, accrochant les rayons du soleil qui se refletaient à l'infini en une sensation de netteté éclatante. C'est alors que je réalisa que je me trouvais à l'hôpital. Une autre question sans réponse logique me percutta de plein fouet. Comment avais-je pu arriver ici, échapper au Fef sauvage... ? J'en avais vu un ! Je savais bien qu'ils se terraient dans cette forêt ! J'aurai tant aimé le toucher, caresser sa peau bronzée, passer mes doigts dans les fins cheveux platines de son adorable tête... Je me décida à ouvrir les yeux pour de bon.
- Jasmin ? Oh, Jasmin, tu es réveillé, mon ange ! Enfin ! On a eu tellement peur pour toi, ton père et moi ! Qu'est-ce qui t'a pris d'aller dans la forêt malgré notre interdiction ? Pourquoi n'as-tu pas appelé aux secours ? Pourquoi n'as-tu pas répondu aux appels ? Oh, mon Jasmin, mon ange, mon tout petit bébé ! Jasmin, tu m'entends ?
Oh oui, je l'entendais. J'aurai bien aimé lui répondre de la boucler, qu'elle me donnait encore plus mal au crâne que le cas était déjà, mais mes lèvres étaient scellées. Ma gorge était terriblement sèche. Je déglutit bruyamment, avec peine qui plus est. C'était comme quand vous avez envie de pleurer, une espèce de grosse boule dans la gorge dont vous êtes incapable de vous débarrasser. Vraiment pas agréable. Mes muscles étaient si endoloris que même mon petit doigt ne voulait m'obéir. Avec un effort qui me sembla surhumain, je parvins à articuler une syllabe :
- Eau...
- Au ? Oh ? Ô ? Je ne comprends pas, mon coeur, que veux-tu ? Ah, de l'eau ! Tiens mon bébé, fit-elle en laissant couler quelques gouttes sur mes lèvres désèchées.
D'accord, ma mère n'était pas la femme l;a plus futée du monde et elle ne pouvait s'empècher de parler pendant deux petites secondes, mais je l'aimais bien quand même. Au bout d'un long silence et de plusieurs gorgées d'eau, je murmura soudain :
- J'en ai vu un, m'man...
- Un ? Un quoi, mon poussin ?
Un silence se réinstalla.
- Un Fef.
Toutes les expressions semblèrent passer sur son visage, se fixant enfin sur un mélange d'indignation, de désolation et de tristesse. Son menton tremblottait ce pendant que ses yeux devenaient luisants. Elle n'allait pas se mettre à chialer, quand même... ? Je soupira ; je savais mot pour mot la phrase qui allait sortir dans trois, deux, un...
- Jasmin, les fées, ça n'existe pas. Combien de fois devrons-nous te le répéter, ton père et moi ? Tout ça est dans ta tête, mon coeur. Ce ne sont que des sottises, rien qu'une légende, un mythe.
- Mais, m'man ! Comment peux-tu expliquer ma vison ? J'en ai vu un, je l'ai vu, avec mes yeux !
Ma mère eut l'air plus désolée encore. L'expression que les adultes ont lorsqu'ils sont convaincus d'avoir raison alors que les gens jeunes, moins sages semble-t-il, s'entêtent à les contredire.
- Ne viens pas tenter de me faire croire que tu as vu de petites personnes ailées...
- NON ! Ils ne sont pas comme ça ! Quand comprendrez-vous, papa et toi ?
- Quand tu cesseras de nous mentir en plein visage, mon garçon ! Tu dois dormir.
- Mais...
- Rien à redire.
Son ton trahissait à quel point elle était désemparée. Je fis un effort, mais dès que j'eus fermé les yeux, son visage me revint avec exactitude. Ses traits étaient fins et combien gracieux. Je ne m'étais pas trompé, ils n'avaient ni ailes, ni baguettes magiques. Sa peau étaient plus foncée que je me l'étais imaginée et ses oreilles plus longues, mais dans l'ensemble, le Fef que j'avais vu ressemblait aux dessins que j'avais faits d'eux. Seulement, il était encore plus beau. Ça dépassait l'imagination. J'avais de la difficulté à me figurer qu'un être doté d'une telle beauté puisse exister. Je finis par m'assoupir, bercé par son image, le son de clochette qui se faisait entendre au moindre de ses mouvements... Je voulais absolument le revoir. Je devais absolument le revoir. Absolument. Je m'en faisais la promesse.
Seulement, tout d'abord, je dois lire ici 40 commentaires suivant les normes énoncées dans le premier article. Par la suite, je publierai le troisième chapitre.